Augmentation continue de la prescription de psychotropes chez les élèves et les étudiants depuis 20 ans: une analyse critique des enjeux cliniques

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En mars 2024, Joël Monzée a publié un rapport exposant l'augmentation continue du nombre de prescription de médicaments psychotropes chez les élèves et les étudiants. Cet article expose une analyse des enjeux éthiques et cliniques pour favoriser la réussite éducative des jeunes.

À la suite de la publication du rapport sur la consommation de psychotropes au Québec depuis 20 ans, cet article scientifique propose une synthèse des faits saillants montrant l’augmentation marquée des prescriptions de psychotropes (psychostimulants, antidépresseurs, antipsychotiques) chez les 0-26 ans au Québec entre 2003 et 2022. Les données révèlent que le Québec présente des taux de diagnostic de TDAH trois à quatre fois supérieurs à la moyenne mondiale. En 2022, environ 12,3 % des préadolescents et jeunes adolescents recevaient un psychostimulant.

Joël Monzée souligne des disparités de genre : les garçons sont surreprésentés pour la plupart des médications, bien que l’usage chez les filles progresse, notamment pour les antidépresseurs à la fin de l’adolescence (22,1 % des jeunes femmes de 21-26 ans en consomment). Monzée critique une tendance à la « normalisation » des comportements par la chimie plutôt que par des interventions psychosociales ou la psychothérapie, souvent délaissées car plus lentes. Il pointe du doigt le manque de données sur les effets à long terme de ces molécules sur le cerveau en développement et appelle à une évaluation biopsychosociale complète avant tout diagnostic. Enfin, il évoque des enjeux éthiques liés au financement des universités et au lobbying pharmaceutique qui influencent les décisions politiques.

Paru dans une revue savante spécialisée en psychothérapie, l’article de Joël Monzée s’inscrit dans un débat mondial sur la médicalisation de l’enfance, mais il met en lumière une « exception québécoise » particulièrement documentée (pour plus de détails, voir toutefois le rapport complet paru en 2024). Quatre éléments essentiels sont à considérer dans une démarche réflexive vouée à s’assurer d’orienter adéquatement les traitements thérapeutiques:

1. La crise de la prévalence et le « biais du mois de naissance » 
La recherche mentionne que le mois de naissance influence significativement le diagnostic: les plus jeunes d’une classe sont plus souvent diagnostiqués TDAH que leurs pairs plus âgés, suggérant que l’immaturité développementale est confondue avec un trouble neurologique. Ce constat alimente les critiques actuelles sur la rigidité des attentes académiques.

2. Opposition de deux modèles thérapeutiques
Le texte illustre le conflit persistant entre deux modèles. D’abord, le modèle biomédical est axé sur le diagnostic rapide et la normalisation chimique. Pour sa part, le modèle biopsychosocial privilégie l’ajustement des facteurs environnementaux (famille, école, habitudes de vie) et les ressources psychologiques.

3. Santé mentale et genre
Dr Monzée observe un virage sociétal : si les garçons reçoivent plus de stimulants pour canaliser leur impulsivité, les jeunes femmes sont massivement dirigées vers les antidépresseurs pour gérer l’anxiété et le stress social. Cela reflète une détresse psychologique croissante chez les jeunes adultes, où les taux de prescription de psychotropes ont explosé de 5 100 % en vingt ans pour le groupe des 21-25 ans.

4. Risques et manque de recul scientifique
L’article souligne un paradoxe contemporain : l’usage massif de psychotropes sans études de sécurité exhaustives sur la plasticité cérébrale des jeunes. Il alerte également sur les syndromes de sevrage (comme les pensées suicidaires à l’arrêt des antidépresseurs), un sujet de plus en plus discuté dans la littérature scientifique récente mais encore insuffisamment documenté cliniquement.

Joël Monzée expose les enjeux cliniques et éthiques de la normalisation des comportements des élèves et des étudiants par l’usage de plus en plus fréquent de psychotropes qui forcent l’adhésion aux attentes scolaires et sociales des jeunes. 

Si parfois le médicament est nécessaire, l’augmentation continue de la prescription de psychotrope pose de larges défis pour les parents, comme pour les intervenants, afin d’assurer la réussite éducative des jeunes.  

 

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