En janvier et février 2019, quatre experts (Valérie Labbé, Guy Falardeau, Joël Monzée et Pierre Poulin) ont publié deux lettres ouvertes cosignées par des dizaines de pédiatres pour dénoncer la surprescription de psychostimulants au Québec dans l’espoir de réduire l’intensité des symptômes du TDAH, ainsi que pour proposer de alternatives tant du modèle théorique qu’à la médication. Rapidement, l’Association des pédiatres du Québec a adopté cette réflexion et soutenu l’urgence de réviser les processus d’évaluation.
La médiatisation du phénomène amena la création d’une commission parlementaire au sein de l’Assemblée nationale du Québec pour mieux comprendre les enjeux, mais identifier aussi des pistes de solutions pour s’assurer que les jeunes et moins jeunes aient accès à une direction thérapeutique cohérente avec leurs besoins en termes de santé.
Parmi les recommandations qu’ils énoncèrent dans leur rapport, les députés ont demandé à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESS) de réviser les lignes directrices de l’évaluation tant psychosociale que médicale pour comprendre l’origine des symptômes et s’assurer d’une adéquation entre les besoins réels et la direction thérapeutique, car elles datent d’un travail mené en 2000 par le Collège des médecins et l’Ordre des psychologues. Or, de nombreuses connaissances scientifiques questionnent la théorie dominante.
Force est de constater qu’en 2025, l’INESS n’a toujours pas proposé de lignes directrices basées sur les connaissances actuelles en neurosciences et en médecine. Certes, l’Institut d’excellence encourage un processus de diagnostic différentiel, mais les médecins ne savent pas nécessairement ce qui doit être considéré dans l’éventail des hypothèses psychosociales, environnementales, nutritives et médicales. Pourtant, l’INESSS avait promis, lors de la sortie du rapport exhaustif publié par Joël Monzée en mars 2024, que les lignes directrices seraient disponibles durant l’été 2024. Un an plus tard, rien n’est disponible.
C’est ainsi qu’Anne-Isabelle Dionne et Joël Monzée ont publié deux articles, révisés par les pairs, dans le Journal de l’European Society of Medicine pour offrir une synthèse des connaissances scientifiques actuelles afin d’aider les médecins dans le processus diagnostic, mais aussi tempérer les conclusions des évaluations psychométriques effectuées par les psychologues, car elles ne tiennent que rarement compte des éléments décrits dans ces articles. Ce premier article propose les pistes à considérer sur le plan psychosocial, alors que le second s’adresse aux aspects médicaux et métaboliques.
Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité est un trouble neurodéveloppemental qui est souvent diagnostiqué dans l’enfance et qui peut persister à l’âge adulte. Ce trouble se caractérise par l’inattention, l’hyperactivité et l’impulsivité qui interfèrent considérablement avec le fonctionnement quotidien. Au Québec, il y a un problème de surdiagnostic et de surprescription de psychostimulants par rapport aux statistiques mondiales habituelles. En effet, le diagnostic du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité est normalement basé sur une évaluation clinique détaillée, incluant l’analyse des antécédents médicaux, familiaux et environnementaux, ainsi que l’utilisation d’échelles d’évaluation validées et d’entrevues cliniques structurées qui comprennent leurs limites.
Cependant, le diagnostic différentiel est difficile en raison de la présence de diverses comorbidités, telles que les troubles de l’humeur, les troubles anxieux, les troubles du sommeil et les troubles d’apprentissage. De plus, certains facteurs environnementaux modernes, tels que l’exposition excessive aux écrans, ont été associés à des symptômes d’inattention, d’agitation et d’impulsivité chez les enfants. Étant donné que les relations d’attachement sûres jouent un rôle crucial dans le développement d’un enfant, des choses comme l’instabilité familiale, le stress parental élevé, le manque de disponibilité émotionnelle ou les pratiques parentales incohérentes peuvent affaiblir l’attachement et mener à des comportements de type « trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité ». Au-delà des enjeux cliniques, c’est aussi un souci éthique de s’assurer que l’orientation thérapeutique est optimisée au bénéfice du patient.
Par ailleurs, les auteurs proposent d’utiliser le concept de Simili-TDAH (ADHD-Like) pour différencier les patients atteints d’un trouble neurodéveloppemental des autres patients qui eux, même si les symptômes sont similaires, sont affectés par d’autres problématiques psychosociales ou médicales.
Signé par Joël Monzée et Anne-Isabelle Dionne, cet article examine les enjeux liés au processus diagnostique en soulignant l’importance d’une évaluation complète et intégrative qui tient compte des facteurs environnementaux et relationnels.
Une telle approche permet de mieux distinguer le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité des autres pathologies et de développer des stratégies thérapeutiques appropriées, allant des traitements pharmacologiques conventionnels aux interventions axées sur la gestion de l’exposition aux écrans et le renforcement des liens d’attachement sécurisés.
Ce cadre diagnostique complet offre un grand potentiel pour améliorer les soins aux patients et optimiser les résultats cliniques à long terme.


