Le Projet de Loi 67 (PL67) déposé cet été par la ministre responsable de l’Administration gouvernementale va, de l’avis de plusieurs personnalités, encourager la collaboration entre professionnels de la santé, ce qui est une avancée considérable compte-tenu autant de la multiplicité des expertises en santé que la présence de tableaux cliniques complexes caractérisant certains individus en perte d’autonomie. En fait, l’interdisciplinarité concerne l’organisation du travail pour favoriser l’interaction entre différentes disciplines touchant la santé, afin de «produire l’intégration des connaissances, des expertises et des contributions propres à chaque discipline dans un processus de résolution de problèmes complexes.»
Pour sa part, la médecine intégrative va un peu plus loin dans l’orientation des soins. Elle se présente comme une approche multidimensionnelle des soins de santé dans une perspective transdisciplinaire. Elle fusionne harmonieusement les pratiques médicales conventionnelles avec des thérapies complémentaires et alternatives dans le but de traiter non seulement la maladie, mais aussi la personne dans sa globalité et aussi dans une perspective d’optimisation de la santé. Plutôt que de se concentrer exclusivement sur le symptôme et de compartimenter tous les systèmes du corps, cette forme de médecine cherche à équilibrer le corps dans son ensemble, l’esprit et l’environnement de l’individu.
Cette vision de la médecine repose sur une collaboration étroite entre différentes disciplines médicales et thérapeutiques, vouée à traiter les différentes sphères de la santé d’un individu allant de la santé spirituelle, psycho-émotionnelle et physique, ainsi que sur la base des valeurs profondes de chaque patient désirant opter davantage pour des approches thérapeutiques basées sur une compréhension multifactorielle tant de la santé que de la maladie pour associer, selon les besoins de la personne, les interventions naturopathiques et pharmaceutiques.
Or, deux grands pièges se profilent à la lecture du PL67: d’une part, il serait dommage que cette initiative ne serve qu’à augmenter le nombre de prescriptions de médicaments et, d’autre part, les enjeux corporatifs – notamment en santé mentale – pourraient réduire la portée de l’intention de la Présidente du Conseil du trésor en favorisant des luttes de pouvoir entre les ordres et en encourageant la monodisciplinarité qui ne peut plus rencontrer les besoins des personnes souhaitant améliorer, maintenir ou recouvrer une santé optimisée.
Ce mémoire a été déposé à la ministre Sonia Lebel dans le cadre des consultations parlementaires sur le PL67, mais également aux ministres Lionel Carmant et Pascale Déry en regard de leurs initiatives touchant la santé mentale.
Signé par Joël Monzée, Anne-Isabelle Dionne, Jean-Yves Dionne et Valérie Labbé, ce document expose brièvement les fondements de la médecine intégrative, notre mémoire présente, dans un premier temps, quelques éléments qui encouragent la modernisation du partage des actes réservés tout en considérant, dans un second temps, quelques enjeux qui touchent la santé mentale pour éviter que les bonnes intentions ne créent pas d’effets qui nuiraient aux jeunes et moins jeunes patientes et patients.


