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Les effets de la parentalisation des jeunes ne sont pas encore bien cernés, car l’emprise abusive crée de l’anxiété diffuse, proche des effets du stress post-traumatique, alors que leur besoin de lien va les conduire à se dénigrer plutôt que de questionner les comportements de l'adulte.

La nécessité d'un lien de confiance

Beaucoup d’adultes partent du principe qu’un jeune s’adapte à tout. Je leur réponds: «à quel prix?»

Cette année, mon fils a rencontré de grosses difficultés à l’école. Il était aux prises avec une enseignante refusant de prendre le temps de créer un lien de confiance avec lui. Il encaissait, puis faisait une gaffe: repousse un enfant, en bouscule en autre, ne respecte plus les consignes, etc.

Bien sûr, la relation n'a jamais été agréable, ni pour l'un, ni pour l'autre. Cela arrive parfois. Si l'amour maternel est viscéral, il est parfois un peu plus difficile pour le père. Toutefois, il n'est pas toujours aisé pour un enseignant d'apprécier tous ses élèves à leur juste valeur. C'est la vie.

Si l'enfant doit faire son bout de chemin (respecter les consignes et essayer d'offrir son meilleur), c'est toutefois l'adulte qui est le garant de la relation. C'est encore plus important lorsque cet adulte est rémunéré pour la tâche (car c'est son choix) et qu'il est en position d'autorité (car il y a un risque d'abus).

Le cadre sécuritaire d'une maison ou d'une classe est fondamental en termes de développement affectif des enfants et des adolescents. Sans un sentiment de sécurité, le "détecteur de danger" se met en alerte et affecte la disponibilité affective du jeune. Si la situation perdure, l'anxiété devient de plus en plus tenace et les réactivités vont augmenter...

Parentalisation

L'enseignante se décrivait comme ayant un «cœur de porcelaine». Pourtant, elle lui en a tellement voulu quand nous avons expliqué qu’il se sentait insécure en classe. Certains adultes sont habiles pour se dépeindre d'une manière subtile pour attirer l’attention sans assumer une quelconque responsabilité. Tout va être fait pour qu'autrui vienne éponger le "manque". Les attentes sont élevées, elles peuvent devenir des exigences. Écrasantes, parfois.

La situation est fréquente dans toutes les communautés. Elle parle de la détresse émotionnelle et des carences affectives, que ces personnes en soient conscientes ou non.

Tant comme être humain que clinicien, je peux être sensible à cela. Est-ce légitime pour autant? Non. C'est lourd à porter pour l'entourage et cela ne devrait jamais se faire au détriment des enfants ou des adolescents.

Quand on assure un rôle de parent ou d’intervenant avec une telle dynamique relationnelle, cela contribue à la «parentalisation» des enfants et des élèves. En d’autres mots, il y a une obligation pour les enfants et les ados de donner de l’affection sous peine d’être continuellement ignorés ou coincés dans des rapports de force malsains.

La parentalisation était d'ailleurs un des sujets abordés dans la série d'émission OUI À LA VIE, car le thème est récurrent pour de nombreux enfants et adolescents. Comme le phénomène est peu documenté, on tend à mettre le blâme sur leurs épaules.

En effet, les jeunes résistent et, souvent, leurs réactivités – maladroites – les conduisent à porter les conséquences d’avoir osé dire «non» à un abus psychologique. L'anxiété diffuse prend peu à peu le contrôle de leurs comportements. Certains seront sous-réactifs et d'autres réagiront avec intensité. Oui à la vie - La parentalisation des enfants

Outiller nos jeunes

Outiller mon fils était primordial, comme je le fais avec des jeunes que j'accompagne en clinique.

Or, un processus d’éducation responsabilisant, basé sur des interventions fermes et bienveillantes, c’est plus long que de casser un enfant pour qu’il «rentre dans le moule» et ne dérange plus.

Il est curieux, parfois, de voir à quel point les adultes exigent des enfants ce qu’eux-mêmes ont de la difficulté à mettre en œuvre.

Pire, tout enfant préfère de l’attention négative que pas d’attention du tout. Il s’oppose ou est maladroit, car trop mal en dedans.

Cela renforce donc l’idée que l’enfant est un mécréant, qu’il a un «trouble de comportement», qu’il est «méchant», qu’il a certainement une «mauvaise génétique» ou reçu une «mauvaise éducation», donc que les parents sont en tort.

Le danger, c’est quand l’adulte, pour se protéger, pour éviter toute nécessaire remise en question, pour éviter les blessures narcissiques en vient à oublier sa part de responsabilité. Car, dans de nombreux cas, l'adulte va projeter ses propres défis sur l'enfant ou l'ado, qui y résistera (maladroitement) ou finira par s'effondrer (désespéré) ou s'enfuir de lui-même dans une addiction quelconque, voire choisir de s'en aller pour de bon vers un "ailleurs inconnu", car sa vie est devenue trop lourde à porter.

Cela arrive dans de nombreuses familles et communautés scolaires ou sociales. C’est la vie. L’enfant tente de s’adapter. Il le fera, mais à quel prix?

Et qu'en est-il de ceux qui n'ont pas suffisamment de résilience pour transformer leur vie et renaître à ce qu'ils sont vraiment? Combien de vies gâchées...

Processus de castration

Ce qui conditionne inconsciemment nos décisions, ce sont les plus petites et plus grandes identifications que nous nous sommes construits sur la base, soit des reflets que nos parents, compagnons et professeurs nous ont proposés, soit des analyses que nous avons faites des expériences de vie vécues ou anticipées.

C’est ainsi que des reflets biaisés et des expériences douloureuses peuvent nous amener à développer des croyances qui nous détournent de notre essence. On finit par croire que nous sommes notre personnalité, que nos habiletés induisent le plan de carrière, que la qualité de notre vie est tout ce que nous méritons.

Le dauphin impliqué socialement peut développer ses habiletés affectives et sociales. Le dauphin blessé va tenter de se dissimuler sous ses carapaces.

On encourage d’ailleurs la création de carapaces qui, finalement, nous détournent de ce que nous sommes... On s’identifie en fait aux vêtements de requin. On fonctionne.

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Mais, le jeune dauphin coincé dans le banc de requins va somatiser ses angoisses ou sur-réagir, s’agiter ou s’opposer. A force de se faire «trahir» par l’adulte qui, normalement, devrait prendre soin de lui, il coud ses vêtements de requin pour se protéger.

Et par mimétisme, il agit comme les requins, il se déguisent en requin. Il espère survivre, mais il est si mal. Il voudrait tellement aller «ailleurs».

Les jeunes requins y apprennent, quant à eux, les bases de leurs comportements nuisibles pour autrui, voire pour la communauté. Et plus les jeunes requins sont blessés par d’autres, par les Seigneur Palpatine de ce monde, plus ils raffinent leurs propres comportements de défense.

Somme toute, la société a sa part de responsabilité quant aux morsures de requin que chacun peut vivre.

Prévenir plutôt que guérir

Déficit d’attention, hyperactivité, trouble de l’opposition, Asperger, trouble du comportement, etc. Une série de diagnostics pédopsychiatriques sont venus colorer la description des comportements des enfants, comme ceux des ados.

Pire, à cause de l’effet Pygmalion, plus on le leur dit, plus ils y croient et se comportent comme tel. Cela renforce la théorie d’une origine génétique, comme si nous avions mis au monde une génération d’enfants et d’adolescents handicapés.

Vous voulez aider les dauphins? Rejoignez-moi dans l’une de ces formations:

Vous aimeriez en savoir plus sur les moyens pour apprivoiser le cœur des dauphins? Venez me retrouver dans le livre collectif «Soutenir le développement affectif des enfants». Mes collègues et moi-même, nous vous proposons des pistes concrètes pour soutenr les dauphins.

Joël Monzée
Docteur en neurosciences

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